ETUDE ICONOGRAPHIQUE DE L'EGLISE DE SAINT PONS

 

 

 

Personne, croyons-nous, ne peut passer devant le "beau portail" de ST PONS sans être saisi par le mystère de ses petites figures sculptées, sans être ensuite hanté par l'apparente incohérence des scènes dont on voudrait décripter le sens. Cette obsession nous a tourmentés jusqu'à nous faire envisager une hypothèse... Osée, peut-être, celle-ci ne contredit en rien ce qui a été dit ou écrit sur le sujet. Elle se situe délibérément sur un autre plan, celui de la "signification" des figures qui, à notre connaissance, n'a jamais été abordé. Elle part du fait, surabondamment démontré, que le Moyen Age ne faisait rien de "gratuit" et ignorait le "non-sens" moderne. Ainsi les images des portails de nos cathédrales s'organisent-elles autour d'une unique idée. Ainsi en est-il à ST PONS.

 

L'étude ci-dessous, si elle propose une thèse, se présente d'abord comme un ensemble de photographies- et d'arguments- susceptibles de l'illustrer. Il appartiendra au lecteur de comparer le Christ de ST PONS à celui de LAON, de ST SEVER. et d'en juger. Cette démarche intellectuelle ne doit cependant pas occulter le simple plaisir que la vue des images sculptées ou peintes de ST PONS doit spontanément procurer.

 

 

L'EGLISE DE ST PONS

 

Celle-ci occupe la place d'un couvent de Bénédictins du VI siècle. On attribue à l'époque romane (XII siècle) le portail ouest, l'arc triomphal, les bandes lombardes (1) du chevet et, peut-être, la sacristie nord ainsi que les arcs (intérieurs) de décharge qui abritent, au nord, des chapelles. Les éléments les plus intéressants datent du XV siècle (Fig.1). Faut-il les attribuer à une restauration ou à une reconstruction de l'église ? Une entreprise de ce genre sous l'impulsion de l'Evêque d'EMBRUN (autour de 1450), a touché nombre d'églises de la Vallée. La croise d'ogives du chœur à trois tores, ornée d'une croix de Savoie, ne peut être que postérieure à 1388. Le clocher porterait la date 1437. LE "beau portail" sud (Fig.2) et le porche à baldaquin qui le précédait, dont il subsiste les amorces, sont probablement du milieu de XV siècle. Tout cela est noyé dans un ensemble plus récent.

 

Dans son ensemble, ce monument (classé Monument Historique le 31 octobre 1912), du XV siècle pour l'essentiel, s'inspire du roman provençal des XII, XIII siècle, avec des réminiscences lombardes (arcatures, porche qui comportait un baldaquin). C'est le cas de toute une "école" d'églises de Haute Provence. L'édifice est à une nef unique avec arcs de décharge au nord, ouvertures au sud. Son chevet plat s'orne d'une élégante petite fenêtre haute (la Vallée de l'Ubaye semble avoir prisé ce "parti" des chevets plats : ST PAUL, MAURIN, anciennement BARCELONNETTE). les contreforts d'angle sont enveloppants.

Le portail de la façade (ouest) est mis en valeur par une discrète ouverture ronde. Cette humble ouverture (fréquente en Haute Provence) et le toit débordant en ardoise, à angle ouvert, donnent à cette façade le caractère rustique et l'aspect des petits oratoires de montagne.

 

C'est dans les deux portails que se concentre toute la décoration que nous nous proposons d'étudier. Celui de l'Ouest (XII siècle) (Fig.3) s'inscrit dans un cadre de pierres taillées se détachant d'un mur crépi. Celui du Sud (Fig.2) (XV siècle) est abondamment décoré. Tous deux, selon le modèle provençal, comportent trois voussures ornées de trois tores retombant sur des colonnes sans chapiteaux par le seul intermédiaire d'une frise. Les colonnes, en marbre de SERENNE au portail Ouest, font défaut au portail Sud.

 

Le clocher de type"Lombard" est une belle variante de ceux de la région. Sur un socle rustique crépi, un étage supérieur en pierres blondes est posé sans retrait, seulement souligné par un bandeau. De belles proportions, il est largement ajouré de trois fenêtres géminées, et encadrée de quatre pyramidions. Ce clocher a l'aspect sobre et solide, le riant équilibre et surtout le dessin impeccable qui caractérisent les clochers de la Vallée (Tour Cardinalis, clocher de ST PAUL).

 

SCULPTURES DU PORTAIL SUD

 

 

Les sculptures de ce portail sont d'un style très naïf, très "primitif", leur iconographie révèle par certains détails des archaïsmes que démentent des motifs voisins. Le programme qu'elles développent n'est pas si insolite qu'il paraît d'abord du fait de leur grand dépouillement. C'est celui de bien des églises du Moyen Age, traité avec une grande sobriété de moyens. Il est à interpréter, selon nous, avec le culte des Morts. Jusqu'à une date récente, ce portail s'ouvrait sur le cimetière.

 

Deux thèmes qui interférent et se complètent, se développent, l'un verticalement, sur un "pied-droit", l'autre horizontalement sur le linteau et la frise.

 

Sur le "pied-droit" gauche -et unique- des figures encadrées dans le rectangle d'une pierre, représentent des scènes sur lesquelles l'âme chrétienne (celle des morts en l'espèce) peut fonder son espérance le jour du jugement.

 

Au niveau du sol du cimetière (ce n'est pas un hasard) ST MICHEL, "le conducteur des morts" selon la liturgie, 2 à qui les chapelles des cimetières sont dédiées, terrasse un démon (Fig.10). S'il a la pose frontale, les ailes symétriquement étalées du "ST MICHEL du GARGANO", qui a servi de modèle du IX au XII siècle, il s'en distingue par une attitude moins hiératique, le port, semble-t-il, d'une armure, l'épée remplaçant la lance, innovations du XIII siècle.

 

Au-dessus, un saint portant sa palme et l'inscription S.P.ST PONS, le Saint patron. (Fig.9)

Au-dessous les lettres gothiques M.A. forment un élégant motif ornemental. C'est une référence à Marie (Fig.9)

Plus haut, gage absolu du salut, le Christ eb croix dans la vision dogmatique et cosmique qu'en avait les XII et XIII siècles entre le soleil et la lune, (double nature du Christ, ancien et nouveau testament...), remplacés ici par deux étoiles, trop grandes pour ne pas les évoquer (Fig.5). L'attitude pendante du Christ se détachant sur un fond de peinture bleue délavée (les sculptures étaient peintes) est celle qu'a adoptée la fin du Moyen Age. Le bois de la croix est taillé en biseau et l'inscription I.N.R.I. (Jésus de Nazareth roi des Juifs) est gothique.

Au-dessus enfin, (Fig.4) un personnage barbu sort d'un tombeau. C'est un sarcophage de pierre comme à MODENE, ST GILLES, BEAUCAIRE... Venant après la Crucifixion, ce devrait être la Résurrection. Pourtant le personnage, s'il ressemble au Christ, n'a pas l'attitude triomphante du vainqueur de la mort. Il n'a pas l'auréole crucifère que l'artiste n'a pourtant pas oubliée sur la croix ni au linteau.

Nous sommes confortés dans l'idée que cette image pourrait ne pas représenter la Résurrection du Christ par le fait que jamais, semble-t-il, celle-ci ne l'a été de cette manière. Jusqu'au XIII siècle on a usé pour cet événement d'images symboliques : rotonde de la Résurrection de JERUSALEM, tombeau vide gardé par un ange. Par la suite c'est un Christ immatériel et glorieux qui s'élève au-dessus d'un tombeau comme dans une ascension. Rayonnant, il porte la croix triomphale à longue hampe ou l'étendard de la victoire (labarum).

Plutôt qu'une Résurrection, l'aspect triste du personnage, ses bras croisés, pourraient rappeler le "Christ de Pitié" (ou vison de ST GREGOIRE) dont l'icône a été si célèbre au XV siècle par la richesse d'indulgences qu'elle procurait (jusqu'à 40 000 ans) ! E. MALE décrit ainsi cette image : " le Christ nu, tête penchée, les mains croisées, sort à micorps du tombeau". Dans cette hypothèse encore, l'auréole crucifère, les plaies font défaut à ST PONS. Faut-il penser que le sculpteur s'est inspiré d'un modèle imparfait comme il en existait beaucoup.

Ce personnage pourrait être LAZARE dont la Résurrection est, dans la liturgie, garante des promesses faites aux défunts, ou l'un des saints ressuscités, selon l'Evangile, à la mort du Christ. Ce peut être, tout simplement, la résurrection, la résurrection d'un Elu le jour du jugement. Dans cette hypothèse, la scène doit se lire dans la suite horizontale du linteau et de la frise, ce qui est d'ailleurs plus satisfaisant pour l'œil comme pour le sens. Pierres et figures alternent en effet sur le pied-droit et la scène de résurrection y apparaît aberrante dans cette ordonnance. Elle s'inscrit au contraire naturellement comme un débordement de la frise et du linteau.

 

C'est cette suite horizontale qui nous livre la clef du message dont le pied-droit n'est que l'introduction. Le linteau est occupé par la seule figure du Christ siégeant entre deux énormes inscriptions gothiques. Sur les frises, qui de chaque côté prolongent le linteau, les douze Apôtres. Il s'agit pour nous, dans son extrême dépouillement, de la scène du jugement (Fig.13).

 

Le petit Christ naïf (Fig.16), isolé, hiératique, est impressionnant d'immobilité. Certains y ont vu le "Christ pantocrator", le "Christ en Majesté"... dont les attitudes sont pourtant radicalement différentes (livre dans la main gauche, doigts de la main droite levés, animaux). Ce n'est pas davantage le Christ "tout court", le Moyen Age n'envisageant ses personnages qu'en situation (ascension, jugement... ). C'est indiscutablement le "Christ montrant ses plaies" de tous les "jugements derniers" (LAON (Fig.14), manuscrit de ST SEVER (Fig.15....3), dont l'attitude est spécifique de cette scène : pose assise et hiératique, bras en V montrant la paume des mains percées, pieds présentant la trace des clous, manteau découvrant la plaie du côté droit.

 

Cette disposition, pour Emile MALE 4, veut reproduire la vision qu'avait HONRIUS d'AUTUN du "jugement". "Il apparaîtra aux Elus tel qu'IL se montra sur la montagne (de la transfiguration), aux réprouvés tel qu'IL fut sur la croix". Quelle attitude -sans oublier pourtant celles adoptées dans nos cathédrales dont la complexité arrive à nous distraire- pourrait mieux qu'à ST PONS rendre ce double aspect de la Vision : un fragile personnage percé de plaies, isolé sur son linteau comme au prétoire ou sur la croix... et trônant dans cet isolement, tel un juge, entre les énormes lettres gothiques des noms JESUS et CHRIST, auréolé, comme sur le THABOR, ici de la formidable puissance du Nom divin. Quel geste aussi pourrait mieux exprimer l'amen de la fin des temps !

 

Les Apôtres, comme des jurés, comme dans toutes les scènes du "jugement dernier", sont tenus à distance. Ils sont de deux factures, plus vrais et expressifs à gauche. Des symboles les identifient (clefs pour St PIERRE), ou les instruments de leur supplice (croix pour St ANDRE), innovations du XIII siècle (Fig.6 , 7).

 

Ainsi, tous les acteurs obligés du drame sont là : le Christ, les Apôtres, la Vierge par les lettres M.A. déjà signalées et par sa présence au tympan, la Croix5, St MICHEL.

Pour ce qui est des morts attendant le jugement, au cas où l'on refuserait d'en voir un dans le personnage barbu sortant de sa tombe, on ne peut oublier que, devant la porte, le cimetière en est rempli.

 

Peut-être faut-il se demander s'il n'existait pas un second "pied-droit" avec ses sculptures, détruit pour réaliser la sacristie.

 

 

L'INSCRITION GOTHIQUE (Fig.13)

 

De part et d'autre du Christ, cette inscription emplit le linteau de ses "magnifiques" caractères aux brisures gothiques de la fin du Moyen Age selon un spécialiste des Archives Nationales. Sa présence, insolite dans une région de tradition romane, est-elle un souvenir de l'appartenance de la Vallée à l'empire germanique de 1032 à 1162 ou se rapporte-t-elle à quelque circonstance concernant la paroisse, le maître d'œuvre, qui nous échappe.

 

Pour son sens, nous renvoyons à l'article de Madame VIRE dans "La Vallée de Bercelonnette" (bulletins 289-290 de la Société Scientifique et Littéraire des Alpes de Haute Provence). Il s'agit - des monogrammes ihs et xps qui dérivent par ressemblance de lettres de ceux, grecs, utilisés dès les catacombes et contractant (1ère, 2ème, dernière lettre) les noms Ih s o us et c r is t o s en ins et xps. Le tiret indique la suppression des lettres.

 

C'est à l'honneur de St PONS d'avoir renoué- il serait bon de savoir dans quelles circonstances- avec une tradition rarissime en Occident mais constante chez les Byzantins : celle de faire figurer de part et d'autre du visage du Christ ses deux noms (réduits en Orient à la première et à la dernière lettre IC et XC). Ainsi, rédigée en gothique, renouvelant une tradition orientale, l'inscription de St PONS est-elle doublement insolite.

 

 

PEINTURE DU TYPAN DU PORTAIL SUD (Fig.8. et 13)

 

"L'adoration des Mages" qui occupe le tympan du portail a de quoi surprendre, associée à un ensemble sculptural qui s'organise -nous avons tenté de le montrer- autour de la scène d'un jugement dernier rudimentaire. Où donc est l'unité d'action ?

 

Cette association n'avait pourtant rien d'exceptionnel au Moyen Age, notamment au XIIè siècle dans le Midi, d'après Emile MALE qui nous en donne la raison : "C'est en sculptant l'Adoration des Mages que les sculpteurs méridionaux prétendaient honorer la Vierge" (BEAUCAIRE, St GILLES). "A St TROPHIME d'ARLES, à-côté de l'apocalypse et du jugement dernier, une place est faite à la Vierge, car l'Adoration des Mages y figure". Ainsi, loin de contredire notre thèse, la scène en question lui apporte un argument.

 

Contrastant avec le caractère frustre et naïf des sculptures, la peinture de St PONS se présente comme une œuvre achevée, d'une composition tout à fait au point. L'harmonie des couleurs (passées) à dominante ocre est très douce, le bleu vert du ciel s'y ajoute. Il s'agit moins ici du travail d'un artisan local que de la copie de quelque chef-d'œuvre par un artiste de passage qui n'en était pas à son premier essai.

 

C'est, croyons-nous, en relation avec le renouvellement de l'iconographie française de cette scène au XVè siècle que cette peinture peut s'apprécier. L'influence de la peinture italienne y a introduit deux éléments caractéristiques que son art présentait déjà au XIIIè siècle et dont Emile MALE rend compte :

- L'un des mages baise les pieds de l'enfant, disposition apparue en 1266 (chaire de SIENNE de NICOLAS PISANNO), reprise à PISTOIA et à l' ARRENA de PADOUE, et qui s'inspire des "Méditations de N.S.".

- Les rois forment un cortège oriental qui a pour origine une cavalcade organisée le 6 janvier 1336 à MILAN et reprise notamment dans le costume du dernier mage -un maure basané- d'un orientalisme de bon aloi (bandeau, tunique blanche, jambière, sabre courbe).

 

A cette scène s'ajoute, fait plus rare, une Adoration des Bergers (origine italienne du XIVè siècle) qui met en œuvre, presque en marge, trois petits personnages (deux hommes, une femme). Rencontre curieuse, les mosaïques palestiniennes 7 des premiers siècles associaient à l'Adoration des Mages, une Adoration des Bergers qui comportait aussi trois personnages.

 

Les innovations ci-dessus ne se sont propagées hors d'Italie, d'après E.MALE, qu'au XVè siècle avec "Les Très Riches Heures" du Duc de BERRY par les frères de LIMBOURG (1410), et la fresque du cloître de BRIXEN "sur la route d'Italie" et proche de la frontière (1414). St PONS aussi est sur une route d'Italie et proche de la frontière et on aimerait pouvoir dire que, comme BRIXEN, il a été une étape, même tardive, du modèle italien en France. Quelle gloire pour St PONS ! Pourtant Marguerite ROQUES 8 a noté des ressemblances entre la peinture de St PONS et les miniatures de BOURDICHON 1457-1521, lequel n'est probablement pas allé en Italie avant la fin du siècle. Si BOURDICHON est retenu pour avoir inspiré St PONS, c'est 85 ans qui manquent à notre Adoration des Mages pour prétendre au rôle de diffuseur du modèle italien. Il ne manque plus que 20 ans si la peinture est de l'époque du clocher. Pour éclairer ce débat, il serait bon de comparer notre peinture avec la fresque de BRIXEN, de rechercher dans la proche Italie les peintures ayant pu servir de modèle.

 

 

SCULPTURES DU PORTAIL OUEST (Fig.11 et 12)

 

Il serait injuste de passer sous silence les petites scènes sculptées de part et d'autre du linteau du portail ouest (XIIè siècle). On les dit médiocres, comparées aux "belles" sculptures des Apôtres du portail sud. Elles ne sont que frustres, et les personnages naïfs, maladroitement "taillés à coup de serpe" dans une roche dure, ont pour nous infiniment plus de mouvement, de vie... et de vraie beauté que tel visage conventionnel, figé et oupin des Apôtres du portail sud. A gauche, deux âmes quittent la terre en priant, dans un envol très suggestif (Fig.12). A droite deux âmes (les mêmes ?) (Fig.11), assurées de leur béatitude, se tiennent par la main, l'une d'elles fortement cramponnée au symbole de la Croix. Cette scène aurait-elle été inspirée par une "Descente aux Enfers" ? Le personnage tenant la croix triomphale et conduisant l'autre par la main pourrait le faire croire. Il est toutefois hors de question que ce personnage soit le Christ. Si inspiration il y a, c'est seulement au niveau des attitudes. Curieusement, car le Moyen Age ne faisait pas déborder ses programmes d'un portail sur l'autre, c'est un thème voisin de celui du portail sud qui est abordé.

 

On notera, pour être complet, des têtes d'atlante formant corbeaux aux angles de la porte. De même, à l'intérieur, sont ornés de masques humains ou de têtes d'animaux les culots sur lesquels retombent les arcs de la croisée d'ogives du chœur.

 

Cette richesse des portails de St PONS, qui nous a renvoyés aux mosaïques palestiniennes, à l'épigraphie des premiers siècles chrétiens, aux usages byzantins, à l'Italie... vient de ce que l'artiste du Moyen Age ne se laissait pas aller à sa fantaisie, mais trouvait son inspiration dans l'interprétation scrupuleuse des textes liturgiques, dans les traditions artistiques aux multiples racines (grecques, syriennes, théâtre religieux), véhiculant une vie dont les motifs, peints ou sculptés, ne sont que les signes. Là est le secret de leur beauté. L'humilité de l'artiste empêchait que le message soit mutilé, et, en ce domaine, comme en musique, chaque note compte et l'accessoire est essentiel. L'art du Moyen Age est anonyme et d'essence collective. Il est d'abord copie.

 

Cette conception (moderne) qui fait de l'œuvre d'art -prise avec ses racines -un organisme vivant, et de la beauté une valeur qui sanctionne la réalisation d'un programme, la transmission d'un message, nous la découvrons déjà dans un décret du Concile de 787. Celui-ci a mis fin en Orient à la querelle des Iconoclastes et solennellement proclamé la présence d'une "parcelle d'énergie divine" dans les images.

NOTES

 

1 Suite de petites arcatures en hauts des murs, sous la toiture, caractéristiques d'une école d'art roman, le"roman lombard"

 

2 Sed signifier Sanctus Michael repraesentet eas in lucem sanctam (que St Michel, le porte enseigne, les introduise dans la Sainte Lumière) dit l'offertoire de la messe des morts.

 

3 On pourrait multiplier les exemples (BEAULIEU, MARTEL, St DENIS, PARIS, manuscrit de LIMOGES). Dans les œuvres les plus anciennes, le geste est plus large (bras horizontaux).

 

4 Dans l' "Art Religieux en France".

 

5 Dans la scène du jugement, la Croix est généralement présentée seule à côté du Christ comme un témoignage et drapeau du Christ. Ici le jugement est dissocié en deux thèmes. Le pied-droit (avec la croix où le Christ est cloué) présentant les images sur lesquelles l'espérance prend appui.

 

6 Le h (eta) ressemble à un h, d'où les trois lettres ihs pour résumer Ih s ous. Le c (khi) et le r (rho) ressemblent respectivement à x et p, d'où les lettres xps pour résumer c r is t os. Aux siècles classiques, ces monogrammes étaient connus et même utilisés comme radicaux sur lesquels on formait l'adjectif chrétien. Ainsi avons-nous trouvé aux Archives Nationales une convention du XVIè siècle entre le Roi "très Chrétien" (de france) et le Roi "tès Catholique" (d'Espagne) où chrétien était écrit xpien. Plus près de nous, l'armoire paroissiale de BARCELONNETTE (aujourd'hui à la mairie) porte l'inscription : Arch. D.C. Ih. StP. (archives de la Communauté chrétienne de St PIERRE). Sur la porte murée du clocher de l'église de BARCELONNETTE, est encastré le claveau de la porte principale de l'ancienne église avec l'inscription IHS, où le tiret indiquant des lettres manquantes est assimilé au bras d'une croix. De même, dernière étape de la dégradation du monogramme xps, de nombreux objets liturgiques sont ornés des lettres entrelacées. xp.

 

7 Celles-ci nous sont connues par les ampoules de MONZA. Sur ces ampoules qui contenaient de l'huile des lampes des basiliques du St Sépulcre rapportées par les pèlerins, étaient gravées des reproductions des mosaïques de ces basiliques. L'intérêt de ces images est pour nous inappréciable car, selon E.MALE, elles ont servi de modèle aux représentations des principales scènes de la Vie du Christ (Adoration des Mages, Baptême, Ascension, Visite au Tombeau...) telles qu'on les retrouve dans les sculptures et les vitraux de nos cathédrales. Les ampoules sont conservées à la cathédrale de MONZA.(Italie)

 

8 "Les peintures Murales du Sud Est de la France"(Paris-Picard)

 

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